L'angine.


J'étais à jouer ou à terminer mes devoirs de classe et la migraine me prenait. Déjà, dans l'après-midi, un léger mal de gorge était survenu. La fièvre arrivait ensuite, montant doucement mais sûrement.
Je savais alors que s'annonçait une des nombreuses angines qui trouaient régulièrement ma scolarité hivernale.
Loin de m'attrister, cette perspective m'était agréable.
Certes, j'allais avoir mal, très mal, et la forte fièvre allait me porter parfois jusqu'à l'hallucination, la perte de conscience, mais en contrepartie, quelles heures délicieuses j'allais goûter...
Ma mère, toujours affairée, préoccupée par son travail, consacrait peu de temps au maternage. Très vite, j'avais appris à être autonome et à me débrouiller seule dans bien des domaines.
J'aurais pourtant bien aimé avoir une Maman Câlins...
Alors voilà, quand j'étais malade, ma Maman Courant d'Airs devenait une vraie maman. Elle s'occupait de moi : j'existais enfin...
Dans mon semi-délire j'allais l'entendre s'inquiéter pour moi, m'apporter à boire, appeler le médecin. Elle irait vaquer à ses occupations, mais sans trop s'éloigner. Je pourrais en confiance plonger dans les limbes de la fièvre; à chaque émergence, Maman serait à mes côtés avec de l'eau ou un médicament, et des paroles de consolation.
Passées les heures les plus difficiles, viendraient les plus agréables.
Calée par des oreillers, j'aurais droit à un traitement de faveur: thé au citron et sucre de canne, tilleul au miel, lait chaud, purée d'autant plus douce à ma gorge douloureuse qu'elle serait préparée spécialement à mon intention par Maman.
Puis arriveraient mes grands-parents maternels, appelés en renfort pour me choyer. Grand-Père, d'ordinaire bougon, s'attendrirait sur mon sort. Il m'apporterait des pastilles Valda et des Clémentines: un luxe réservé à la malade!
Viendrait ensuite la convalescence, et ma mère alors reprise par ses activités dévorantes ne se préoccuperait plus guère de moi.
C'est à ce moment que ma douce grand-mère m'emmènerait à la campagne durant quelques jours afin de me faire reprendre des couleurs, comme elle disait.
Comme rien n'est parfait, il me faudrait finalement revenir à la maison où la vie retrouverait son cours habituel... en attendant la prochaine angine...

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