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L'attente.

 

En entrant dans l'ascenseur, je tombe sur mon reflet dans le miroir qui me fait face.

Au fur et à mesure que la cabine s'élève, les boutons carrés numérotés s'allument. Et une petite angoisse monte en moi aussi.

La sonnerie courte et claire annonce l'arrêt de l'ascenseur.
Une dernière retouche au col de mon manteau, j'ai les mains moites. Je respire un grand coup, je sors sur le pallier.

La dernière porte me fait face. Après un bref coup de sonnette, je l'ouvre et la franchis.

Ils sont tous là. Ils ont fait le même chemin que moi, par le même ascenseur ou l'autre. Ils ont peut-être eu les mêmes gestes.

Déjà l'odeur est écœurante, fétide dans la pièce.
Sur les vitres suinte une humidité suspecte qui semble se propager sur les murs.
Des murmures, suinte l'anxiété, une terreur muette qui noue les gorges.

Tout le monde se regarde à la dérobée mais personne ne se voit. On ne veut pas savoir l'autre, les autres. Nous sommes un groupe, mais surtout pas solidaire, tous solitaires.

Les uns sont assis dans une attitude résolue, d'autres debout le dos appuyé contre le mur, pensifs. Certains, les bras croisés s'imposant ce geste d'affirmation, se déplacent lentement dans ce qui reste d'espace.

On se demande qui sera pris, qui sera relâché, pour qui l'ascension de ces étages sera suivie d'une autre plus glorieuse, qui paiera de sa tête, qui tombera sous le couperet maléfique.

On tente de ne pas le montrer mais on grouille intérieurement tout à la fois d'espoir et d'inquiétude.

La sueur perle aux fronts, les visages d'abord composés se décomposent peu à peu.
Il monte comme une envie de les tuer tous pour être seul ou de se tuer pour en finir plus vite.

Le temps est long, trop long. Il fait chaud, trop chaud.

Et l'autre, là-bas, sans doute à l'affût derrière le miroir qu'on devine sans tain, nous regarde peut-être avec délice, nous déliter.
Je devine sa joie féroce de prédateur. Il attend que les premiers tombent tout seuls pour ne pas avoir à les abattre lui-même.

Le temps fait son œuvre, la chaleur l'y aide. L'angoisse est palpable, moite, huileuse, nauséabonde.

Le bruit d'un verrou actionné derrière l'autre porte, produit une rumeur et un mouvement général.
Chacun se ressaisit, se redresse, tente de se recomposer une attitude, un sourire.

Il y a une place à prendre, une seule, pas deux.
Et nous sommes une trentaine, tassés là, dans la salle d'attente du chasseur de têtes.