Le bel automne revient chaque année, comme les fleurs au printemps,
les cerises au mois de juin et la grippe en hiver.
Les feuilles jaunissent ou rougissent selon les espèces, tous les goûts
sont dans la nature. J'aime bien la nature, et les goûts et les couleurs,
c'est bien connu, ça ne se discute pas.
Par contre, ce que je trouve discutable c'est le retour systématique
d'une espèce, hélas bien moins en voie de disparition que le
gibier qu'elle traque: je veux parler des chasseurs!
Défenseurs de la nature? Mon il!
Ils sèment derrière eux, petits Poucets revus et mal corrigés,
les gros confettis colorés de leurs fêtes sanglantes: des cartouches
vides!
Je me promène en toutes saisons. La tête dans le vent et le sac
plutôt léger sur le dos, je cherche le calme, la tranquillité,
la détente. Je respecte les lieux où je passe, même plus,
il n'est pas rare que je dépollue, à la main, et ramène
ainsi mon sac plus garni à l'arrivée qu'au départ.
Je glane de pauvres trésors lâchement abandonnés, parfois
recyclables, canettes de verre ou d'alu apportées et vidées
en pleine campagne, paquets tout aussi vides de cigarettes, emballages de
nourritures diverses, slips des deux sexes... Il pourrait même être
intéressant de faire des statistiques sur les marques de produits les
plus souvent utilisées par les pollueurs...
Quant aux chasseurs, souvent grands consommateurs de bière, ils se
déplacent avec le casse-croûte dans le carnier. Il faut bien
faire de la place pour y mettre ensuite le résultat de leurs carnages,
puisque le sac est fait pour ça. Je ne serais donc pas étonnée
qu'ils soient responsables, en partie, de ces décorations forestières
d'un goût plus que douteux que je m'évertue modestement à
réduire. Je précise "en partie" parce que la chasse,
en principe est limitée par des dates, et que les canettes, elles,
fleurissent en toutes saisons...
Il m'est souvent arrivé de voir les chasseurs sortir du bois, comme
le loup, mais lui n'a pas de fusil, arpentant les labours interdits au promeneur
pacifique. Ils sont maintenant habillés en tenue camouflée,
casquette assortie, qui leur donne un air militaire. L'il aux aguets,
bousculant la végétation pour en faire sortir des petits mammifères
apeurés qui n'ont à leur opposer que la vitesse de leur course,
et des oiseaux, même pas tous comestibles! Les fusils claquent, les
voix joyeuses fusent quand la bête tombe, et lancent des injures quand
elle se sauve.
C'était en fin décembre, je me promenais en forêt de Rambouillet.
J'avais soudainement besoin d'un petit coin, je m'apprêtais à
irriguer la terre discrètement dans un buisson quand j'entendis le
râle d'un grand mammifère, puis des coups de feu et des chiens
hurlants. Je me dis alors: "Si je me glisse dans un fourré par
ici, je risque de me faire viser comme un gros gibier par ces imbéciles,
capables de tirer sur tout de qui bouge. Je n'ai nulle envie de me retrouver
avec un trou de balle, dans l'arrière train." Malgré le
besoin pressant, ça m'a coupé l'envie pour un moment et j'ai
pressé le pas pour sortir du secteur...
Je me prends à penser que, pendant que les tueurs sont joyeusement
à leur fête barbare, où ils jouent à la guerre
contre des ennemis imaginaires mais pourtant réellement victimes, leurs
épouses ont la paix.
Que font-elles de ce moment de calme bien au chaud, à l'abri dans leur
maison où ronronne le chat qui, lui aussi, est bien content que les
chiens soient dehors...
Dans les draps roses de leur lit confortable, peut être invitent-elles
de gentils végétariens à partager de bons moment sous
la couette...
Alors, quand ils auront épuisé tout le gibier possible, leurs
époux devenus porteurs de cornes à leur tour, pourront se prendre
mutuellement pour cible et tout le monde sera bien tranquille... sauf les
marchands de fusils de chasse, bien entendu... Mais je leur fais confiance,
ils se recycleront et vendront d'autres armes, ce qu'ils font déjà,
d'ailleurs ...