Le chat, la poulette et le petit lutin.
Un chat
noir
était amoureux d'une poule
blanche...
Lui qui avait toujours aimé aller dans la basse-cour pour jouer à faire peur aux poules, en leur courant après, était tout à coup tombé en arrêt, un beau matin devant une adorable poulette blanche, duveteuse et immaculée.
C'est qu'elle était très jolie, la petite poule de la basse-cour, avec son il malin et brillant, sa mignonne crête discrète d'un rose si tendre, ses belles plumes mousseuses tellement légères et ses pattes si fines qui lui donnaient une démarche de danseuse. Et puis douce, charmante, se laissant approcher sans se sauver, souriant même, de son bec entrouvert; un amour de petite poulette...
Notre chat avait eu le coup de foudre!
Depuis qu'il ne leur courait plus après, les autres gallinacés de l'endroit trouvaient la nouvelle plutôt bonne, à l'exception, toutefois, du coq qui considérait que toutes les poules étaient à lui. Pour tenter de récupérer sa suprématie, il avait essayé d'attaquer le chat à coups de bec vite réprimés par des coups de griffes...
Le chat passait des heures dans la basse cour, à admirer l'élue de son cur. Il la suivait partout où elle allait, sans s'occuper des autres poules qui commençaient à caqueter de rire derrière son dos. On ne voyait plus le chat ailleurs, de toute la journée, jusqu'à l'heure où ses maîtres le rappelaient pour la pâtée du soir. Il lui avait même fait sa déclaration: "Belle Poulette, vos beaux yeux me font mourir d'amour", à moins que ce ne soit: "Vos beaux yeux, Belle Poulette mourir d'amour me font", car il avait de la culture. Mais le volatile volage avait gloussé de rire à cette déclaration d'un genre nouveau.
Cela dura de nombreuses semaines, jusqu'à un certain matin où le Minet ne trouva plus son aimée dans la basse-cour.
Il la chercha en vain toute la journée. Même à l'heure où la fermière venait jeter du grain en appelant: "petits! petits! petits!", toute la basse-cour arrivait en pagaïe, mais pas de Poulette! Le chat en était tout chagrin.
Alors, inquiet, il fit un tour à la cuisine, car il avait remarqué que, ordinairement, lorsqu'une poule manquait au poulailler, un délicieux parfum de viande montait des casseroles et qu'ensuite, il avait droit à un bon plat d'os succulents. Mais, à la cuisine ce jour-là, ne flottait qu'une horrible odeur de choux-fleurs. Bien qu'il n'aimât pas les choux-fleurs, il fut content, parce que rassuré : au moins sa poulette n'était pas là!
Il retourna dans la basse-cour.
Comme il commençait à pleuvoir, il entra dans la cabane de
nuit des poules. Et là, quelle ne fut pas sa surprise de voir, confortablement
installée sur un beau nid de paille, son aimée qui trônait
comme une reine.
"Tiens voilà mon amoureux!" caqueta la belle rieuse.
"Qu'est ce que tu fais là, je te cherche partout" se lamenta
le chat.
"La belle question!, j'ai pondu, alors je couve, que veux-tu donc que
je fasse d'autre!"
"Mais alors, tu vas avoir des enfants! c'est merveilleux! Je vais être
papa!" s'enthousiasma le chat. Ce qui fit rire de plus belle la poule
blanche.
Pendant des jours, le chat attendit patiemment la naissance de "ses" enfants...
Lorsque les coquilles se fendillèrent, apparurent trois poussins
d'un beau jaune... Jaune poussin comme il se doit, puis la dernière
coquille s'ouvrit laissant apparaître un tout petit poulet noir, malhabile
sur ses pattes. Tout de suite, la poule montra sa préférence
pour les poussins jaunes, en laissant en arrière l'autre petit.
"Mais, c'est mon fils, il est noir comme moi, pourquoi ne t'en occupes-tu
pas?" se plaignit le chat.
"Cot-cot," ricana la poule" si c'est ton fils, occupe-t-en
donc".
C'est ainsi que notre chat se mit à s'intéresser au poussin délaissé. Il le lécha, ce qui commença par faire très peur au petit qui crut que ce gros poilu voulait le manger, puis il s'habitua, peu à peu à cette "mère" improvisée.
Mais les autres membres de la tribu ne voulurent pas de lui. C'est la loi des poulets: un poussin rejeté par sa mère n'est pas admis par les autres. Et quand le chat rentrait chez lui le soir, le pauvre petit poussin noir restait dehors, dans le coin le plus reculé de la basse-cour, à attendre le matin par n'importe quel temps.
C'est alors que le petit lutin de la basse-cour s'émut devant la détresse du poulet.
Ce lutin était un débutant et ses pouvoirs étaient encore un peu timides. Toutefois il réfléchit à la question et chercha une solution. Puisque le chat le considérait comme son fils et s'en occupait du mieux qu'il pouvait, le plus juste était donc de transformer le poulet en vrai fils de chat, c'est à dire en chaton. Et c'est ce qu'il fit, avec l'accord de son "père" naturellement!
C'est ainsi que le chat pu ramener fièrement dans la maison auprès de ses maîtres, son fils ; chaton noir de poil tout comme lui.
L'histoire se terminerait ainsi, mais je l'ai dit, le lutin de la basse-cour était un peu maladroit, et lors de la transformation il commit quelques petites erreurs. C'est ainsi que, dans la maison on se demandait parfois pourquoi le chaton, entre deux "miaou", laissait échapper quelques "cot-cot", et surtout pourquoi, en grandissant, le même animal se mit à ... pondre des ufs...