Etrangère dans la ville

(Clin d'œil à Ville étrangère de R. Queneau)

I

Terrassée par le manque d'habitude,
Des maux qu'elle tente d'anéantir,
La pauvre dans sa solitude,
Attend le moment de mourir.

Dans les cieux ses père et mère,
Dont nul n'a plus souvenir,
Tout de quiétude dans l'éther,
S'attendent à la voir venir.

II


Horreur des jours sans travail,
L'hiver est la pire des saisons.
Dans les rues on braille:
J'ai regret de la chaude maison,
En ma verte campagne
Où je faisais les moissons
Dessous mon chapeau de paille,
En écoutant chanter les oisons.

III


Ô souvenir des Trépassées,
En plein hiver, dans la bise,
Il y a bien longtemps que vous êtes passées,
Qu'en terre on vous a mises.
Et ces chemins creux délavés,
Par les pluies aux eaux grises,
Vous voyaient toute l'année,
Traverser en simple chemise.

IV


La nuit, les hommes meurent de misère,
Dans les faubourgs ou les villages alentours.

V


L'arme blanche doucement à coulé,
Ecrivant sa vérité posthume.
Le pauvre a regardé, et suivi, et raillé.
Le désespoir: les humbles à la fausse commune
Vont tous, tous les jours de l'année.
La neige tombe dessus, douce sépulture
Des pauvres, sans jamais fleurir:
Le désespoir ici, n'est pas chose commune.

VI


Vassaux indifférents au devant de la mort,
Il est certains bandits que n'attirent la fortune,
Reprenez vos destins avec votre infortune,
Au-delà du bonheur, sans reproche et sans peur.

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