La fenêtre.

Par la fenêtre de mon quatrième étage, je regarde la triste pluie…
La pluie qui tombe sur mon quartier, sur la passerelle en béton, sur les toits des boutiques.
Le soir, lui aussi tombe…

Et peu à peu, derrière les autres fenêtres s'allument les lumières. Tristes ou gaies? Les temps sont difficiles dit-on, pourtant ce n'est pas nouveau.
Le front contre la vitre, je regarde dehors.

Sur la ville, triste soir, triste pluie, triste quartier…
Ce n'est pas tout à fait "la zone", mais les pelouses pelées, les papiers dispersés en grand nombre, ne sont pas sans y faire penser, et les promeneurs du soir ne sont pas tous tranquilles.

Dans le soir, des détonations ont éclaté : Coups de fusils? Une sirène d'antivol de voiture hurle une fois de plus, et comme reprise en écho, celle du magasin du dessous lui répond.

Sur la rue, les autos qui passent font gicler régulièrement vers le trottoir l'eau d'une grande flaque boueuse. La pluie plaque au sol les papiers, le vent fait tournoyer les sacs en plastique pour les déposer un peu plus loin. Demain le préposé au nettoyage en ramassera quelques-uns d'un pas nonchalant, jamais la totalité. Même après son passage le quartier reste sale.

Je tourne ma tête contre la vitre pour que la fraîcheur touche ma tempe. De quoi est fait demain?

Dans mon cœur comme sur la ville il y a aussi des papiers froissés qui ne sont jamais tous ramassés. Souvent une rafale de tristesse les ramène au milieu de la place et les fait tourbillonner. Leur laideur me gêne, et la pluie de mes yeux les immobilise pour un moment.

Triste soir, triste temps.
Tristesse.

De quoi est fait demain? De pluie? De larmes? De ville sale et de cœur gros?
Demain est suivi d'un autre demain, et d'un autre encore, plein de demains à vivre…

Pourtant avec un peu de soleil, ce serait déjà mieux, tout serait plus joli, plus gai.
Alors? Demain peut-être?