La mer.
Il fait bon ce soir à marcher..
J'avais envie de me retrouver, c'est elle que je suis venue trouver.
J'avais envie d'être seule, de l'être exprès. Seule avec
rien autour, que l'espace, l'eau, le silence tranquille, la nuit tombante,
la plage vide, la tiédeur du vent...
J'entend la mer, j'écoute la mer, je la regarde.
Le soir, elle n'est plus la même, redevenue sauvage. Puissante, violente,
elle bat ses rochers. Douce, fraîche, elle caresse mes pieds nus, étire
sa vague qui s'anéantit, câline, sur le sable, ne laissant qu'une
fine ligne de mousse que vient effacer une autre fantaisie de l'eau...
Ces vagues semblent jouer à laquelle ira la plus loin, tantôt
reculant, trompeuse, tantôt s'allongeant dans un brusque élan
jusqu'à l'inattendu, appelant toute l'immensité de la mer à
les suivre.
La brise souffle par à-coups, picotant mes yeux, cherchant à
percer mon pull.
Un chien me bouscule, courant sur le sable dans une pluie ascendante d'éclaboussures,
puis revient me flairer. Je lance un morceau de bois flotté qu'il se
met en devoir de me rapporter aussitôt, attendant une récompense
que je ne peux lui offrir, n'ayant rien dans les poches. Je cours, il court.
Je m'arrête il stoppe en freinant sec, imprimant ses traces dans le
sol, puis déguerpit tout à-coup.
Je retrouve les plaisirs sensuels du vent.
J'aime le vent, l'ivresse de son souffle, la mer et ses parfums.
J'ai envie de rire, comme ça, pour rien, parce qu'un bien-être
inexplicable m'envahit. Le nez en l'air, je me laisse porter par mes pas.
Comme indépendants de moi ils me mènent où ils veulent
. Le ciel est étoilé, je titube, dans un instant je vais tomber...
Un demi-tour... Maintenant c'est le vent qui me pousse je me sens menée,
comme entraînée vers je ne sais quel lieu, quelle Terre Promise...
Au loin s'allument les fanaux. On ne voit qu'eux qui tanguent, ils font deviner un bateau, des hommes, de la vie sous quelques lumières .
Mais ici, la vie semble s'être arrêtée, je suis seule,
vivante, dans la nuit.