Le rêve du loup garou.

A peine la porte refermée, le cri retentit à nouveau :
"Maman, t'en vas pas!
- François, il est tard, il faut dormir!
- J'ai pas sommeil!
- Eh bien moi oui, figure-toi et si tu ne t'endors pas vite, le loup-garou de l'histoire va venir te croquer les oreilles!
- Non! Pas le loup-garou! "
François serre son écureuil en peluche dans ses bras, se cache sous les draps, ferme les yeux et arrête sa respiration...
Il s'écoule peu de temps et déjà ses tempes se mettent à battre et derrière ses paupières, des étoiles s'allument...
Boum-boum, boum-boum... Boum-boum, boum-boum...
Au loin, les tambours battent et les lumières clignotantes se rapprochent...
Boum-boum, boum-boum...
Le son s'amplifie, un cortège avance.
Des hommes à tête d'animal progressent en tapant sur des tam-tams. C'est inattendu, là, dans la nuit, au grand carrefour de St Nicolas, ces silhouettes étranges.
François est debout, devant eux, en pyjama, nus pieds, il n'a pas eu le temps d'enfiler ses chaussons. On est en hiver et pourtant, c'est curieux, il n'a pas froid.
L'homme qui a le plus gros tambour demande à François:
"Où est le loup-garou, nous le cherchons!"
François veut répondre mais il ne peut pas, les sons ne sortent pas de sa bouche, il se contente de hausser les épaules.
"Tu te moques de moi!" dit le grand personnage devant lui en brandissant sa grosse main. François regarde cette main, c'est une patte, une grosse patte de loup! C'est lui, c'est lui le loup-garou! Et le petit garçon s'enfuit à toutes jambes! Derrière il entend le monstre qui s'est mis à courir aussi, et les tambours reprennent au rythme de sa course.
Boum-boum, boum-boum, boum-boum...
Mais François est léger, il court vite dans la nuit sur ses pieds nus. Il pense :
" Si j'arrive au petit bois là-bas, je suis sauvé!" et il court encore plus vite, sautant par-dessus les ornières.
Le vent lui siffle doucement à l'oreille:
"Va te cacher derrière le plus gros des chênes, et là, frappe chez l'écureuil, c'est le hibou qui garde sa porte. Tous deux t'aideront si tu en as besoin, mais prend garde au sanglier qui rôde par ici, il n'aime personne et ne fait pas de cadeaux!"
Après avoir sauté un grand fossé plein d'eau, et escaladé de gros rochers de grès à l'entrée, François cherche le grand chêne dont lui a parlé le vent.
En arrière, il entend les cris furieux du loup-garou et les tam-tams.
Il fait tout noir, le bois semble hostile, seuls quelques étoiles brillent entre les cimes des arbres tout là-haut.
François se cogne à un obstacle, il lève la tête et voit deux gros yeux jaunes, lumineux qui l'observent! Il étouffe un cri.
Mais le hibou, car c'est bien lui, dit doucement:
"N'aie pas peur, je suis ton ami! L'écureuil et moi n'aimons pas non plus le loup-garou, et nous allons t'aider.
- Oh, merci!" dit François, rassuré.
A ce moment on entend un grand bruit venant d'un fourré proche.
- Grimpe vite! dit le hibou, c'est le sanglier, il écrase tout comme un fou sur son passage, et il n'épargne personne!"
François a juste le temps de monter trois branches que l'énorme bête tape de toutes ses forces à la base du tronc, là où il se trouvait peu avant! Mais l'arbre est fort, il ne bouge même pas. François, lui, tremble plus que les feuilles de l'arbre. Il ne sait plus de qui il doit avoir le plus peur, du loup-garou ou du sanglier!
Puis, un peu abasourdi, le gros cochon sauvage, au sale caractère, repart en grognant.
Dans le tronc de l'arbre, une petite porte s'ouvre.
"Ah, quel vacarme! Encore ce sanglier!
C'est l'écureuil qui sort de sa maison.
- Enfin, c'est fini pour aujourd'hui, il ne reviendra pas par ici!
- Bonjour, dit François timidement...
- Ah oui, c'est toi, tu es poursuivi, le vent m'a prévenu! Ne t'en fais pas, dans notre forêt, ce vilain personnage est moins fier que dehors! Tant que tu es avec nous, tu n'as rien à craindre.
Le bruit des tambours fait le tour de la forêt, le monstre cherche une entrée. On l'entend qui rugit de colère. Mais le petit bois, lui non plus, n'aime pas le loup-garou et il a caché ses issues. Pour les trouver, il faut avoir le cœur sincère et de bonnes intentions. La bête féroce n'a rien de tout ça!
Tant qu'il est dans le bois, François est donc à l'abri mais il ne peut pas rester là trop longtemps. Il faudra bientôt qu'il retourne chez lui, demain il y a l'école!
Le hibou explique :
"Le loup-garou sort seulement la nuit, il ne supporte pas le jour parce qu'il ne peut rien faire, alors et il se cache en attendant la nuit suivante. Pour retourner chez toi, tu dois attendre le jour.
- En hiver, la nuit est longue, dit l'écureuil en sautant dans les bras de François, mange ces noisettes et installe-toi dans le creux de l'arbre pour dormir.
Le garçon pense tout d'abord qu'il ne pourra jamais dormir dans un arbre, mais toutes ces émotions lui ont donné sommeil. Il se cale, l'écureuil blotti dans ses bras, et s'endort sous le regard bienveillant du hibou.

"François c'est l'heure, lève-toi! Il faut partir pour l'école!"
Le petit garçon se réveille brusquement, son écureuil en peluche bien calé dans ses bras.
"Et le loup-garou? Il est parti le loup-garou?" demande-t-il.
Mais personne ne l'entend.
Il regarde son écureuil, lequel lui fait un petit clin d'œil.
Il le pose sur l'oreiller et, avant de descendre l'escalier, lui murmure doucement à l'oreille.
"A ce soir, dans le chêne du petit bois !"

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