Marie cherche à tâtons, dans la pénombre le réveil
qui sonne. A côté, sur le lit, son chat a sursauté. La
dormeuse, du plat de la main, écrase littéralement le responsable
du bruit strident pour le faire taire.
Au travers des persiennes, une lumière sale filtre et se glisse avec
peine dans la chambre.
Le chat a repris tranquillement sa place. Sa maîtresse referme les yeux,
et s'accorde encore cinq, peut-être dix minutes...
De toutes façons, personne ne l'attend en ce samedi matin. A plusieurs
reprises elle tente de se mouvoir. Elle ne va quand même pas rester
comme ça toute la matinée, elle essaie d'ouvrir les yeux mais
ses paupières sont lourdes. Des bruits de voitures dans la rue l'empêchent
de retomber complètement dans le sommeil profond. Il va bien falloir
se lever, quand même, mais son corps refuse de se plier à l'ordre
trop vague.
Une légère vibration agite le lit. Le chat a commencé
une toilette aussi minutieuse que vigoureuse. Elle se tourne vers lui. "Il
va falloir que je m'y mette aussi," pense-t-elle tout en le regardant.
L'animal se dresse enfin sur ses quatre pattes et s'étire, queue en
l'air. La dormeuse vient de refermer les yeux et sent un chatouillis sur sa
joue. La petite bête est là, tout près, lui flairant le
visage. Elle rit et s'essuie la joue. C'est fait, cette fois elle est réveillée,
elle sort ses bras de dessous la couverture et s'étire à son
tour.
Le petit félin saute au sol et attend la suite des événements.
Marie s'assoit mollement au bord du lit. Le chat suit tous ses mouvements.
Comme elle reste ainsi un bon moment sans bouger, il manifeste des signes
d'impatience, se dirige vers la porte et se poste devant en la regardant.
Rien ne se passe, alors il miaule avec insistance.
"Oui, ça va, j'ai compris, j'arrive !" lui lance Marie en
se mettant debout. Elle ouvre la fenêtre et les volets. Le ciel est
gris, il a plu dans la nuit.
Elle enfile ses chaussons et traîne les pieds avec nonchalance jusqu'à
la porte. Le chat file devant mais se retourne pour voir si elle suit. Un
rapide coup d'il dans le miroir de la salle d'eau: "Ce n'est encore
pas cette nuit que la fée Beauté t'a transformée!"
dit-elle au reflet avant de prendre sa robe de chambre.
Une fois dans la cuisine, elle s'assoit, déjà lasse. Le chat,
devant le frigo, attend son lait matinal. Marie le sert et chauffe de l'eau
pour son café. Elle glisse un regard par la fenêtre en sortant
son bol du placard ; la pluie a repris. Elle grille du pain de la veille et
prend un pot de confiture entamé. Au passage, elle appuie sur la touche
ON de son poste de radio. Une voix masculine monologue sur un sujet de société.
Elle entend mais n'écoute pas vraiment, c'est surtout d'un fond sonore
dont elle a besoin, pour briser le silence.
Marie rêvasse et baille en commençant à boire le café
clair dont les granulés sont mal dissous au fond du bol. Elle n'a pas
mis de sucre, et plonge machinalement les doigts dans le sucrier: vide! "J'irai
en chercher tout à l'heure pense-t-elle", et verse le contenu
du bol dans l'évier.
Le chat demande à sortir. Sa maîtresse cherche les clés
de la porte dans les poches de plusieurs vêtements avant de les trouver
et de libérer l'animal. Elle fonctionne au ralenti, s'attarde encore
devant la fenêtre de sa petite salle de séjour. Elle pense: "Il
faut que je me lave la tête ce matin," en palpant ses cheveux châtains.
Une fois dans la salle d'eau, elle évite scrupuleusement de regarder
le miroir en se déshabillant. Derrière les rideaux de la douche,
la vapeur dégagée par l'eau chaude l'enveloppe et la détend.
Elle accroche la douchette au mur et s'assoit sur le tabouret laissé
en permanence dans le bac. L'eau tombe en pluie douce et tiède. Elle
savoure ces instants, baissant la tête et fermant les yeux sous le jet
réglé en largeur maximum. Marie aurait envie de rester ainsi
encore très longtemps, mais il lui faut garder de l'eau chaude pour
laver sa vaisselle. Elle sort et s'enroule avec délice dans une grande
serviette mise à chauffer sur le radiateur, et reste un moment sans
bouger. Pour terminer, elle frictionne énergiquement ses cheveux très
courts et bouclés jusqu'au séchage presque complet.
Dans sa chambre, devant la penderie elle cherche comment s'habiller. Après
avoir décroché puis remis en place plusieurs robes, elle se
décide pour une fleurie, encore assez peu portée. En fermant
la fenêtre, un coup d'il au ciel toujours aussi gris la décide
à revenir à la penderie y prendre un gilet.
De retour dans la cuisine elle reste assise, pensive. Puis se lève
tout à coup, ouvre le frigo et en fait mentalement l'inventaire. "Bon,
c'est le grand désert là-dedans il faut que j'aille en ville."
Le temps de jeter un regard à la pendule, de faire quelques aller retours
inutiles dans les pièces, de prendre son parapluie et son sac, Marie
ouvre sa porte et part dans la fin de matinée grise et humide.
Au supermarché, il y a une semaine promotionnelle. Un bonimenteur placé
à l'entrée vante, micro en main, les bonnes affaires à
ne pas manquer. Il y a plein de lumières colorées et de musique,
les gens se bousculent. Elle se sent fragile et toute petite dans la foule.
Elle ne doit pas oublier d'acheter du sucre et commence par ce rayon. Un tout
petit garçon est assis par terre entre les montagnes de paquets. Il
ramasse avec son doigt mouillé de la poudre répandue au sol
et la mange. Marie le regarde, pensive: "Ce n'est pas très propre,
sa mère devrait bien s'occuper de ce petit bonhomme au lieu de le laisser
manger n'importe quoi". Elle s'avance avec l'intention de parler gentiment
au bambin. Tout à coup, une furie débouche, applique une claque
sonore sur la joue du gamin, l'attrape par le bras, et le met debout. "Sale
gosse, arrête de te barrer tout le temps, tu m'emmerdes!" lance
la femme furieuse. L'enfant hurle. Marie s'avance, outrée et commence
timidement:
"Madame, il ne faut pas battre les enfants...
- Vous, je vous ai rien demandé! rétorque vertement la mégère
en la bousculant. Elle regarde avec mépris la petite femme qui lui
fait courageusement face et poursuit: "Y a qu'à vous regarder
c'est clair, des gosses vous en avez jamais eu, vous savez même pas
ce que c'est, alors faites pas chier!"
Marie est offusquée, elle reste sur place, interdite par tant de grossièreté.
Tout le monde est pressé, c'est chacun pour soi, personne n'a fait
attention à la scène, sauf une jeune fille, laquelle s'approche
avec un bon sourire et dit avec gentillesse:
"Laissez tomber Madame, faut pas vous prendre le chou, on la connaît
dans le quartier, c'est qu'une grosse conne!"
Marie aurait envie de dire quelque chose pour remercier l'adolescence de sa
sollicitude mais la façon crue dont elle s'exprime l'en empêche.
Elle s'apprête à sortir sans achat du magasin mais se ressaisit.
Il lui faut tout de même rapporter de quoi manger au moins pour ce midi
et ce soir. Passant devant les rayons sans les voir, toute à ses pensées,
elle glane un peu au hasard des denrées qu'elle met dans le panier
en plastique pris à l'entrée. Au dernier moment, elle ajoute
une boîte de pâtée pour le chat et se dirige vers la sortie.
La caissière, sans la regarder, l'accueille d'un "bonjour"
sur le même ton morne utilisé pour les personnes précédentes,
en passant les articles sans rien dire d'autre que: "Chèque ou
espèces?" de la même façon mécanique. Marie
donne un billet et cherche l'appoint mais la jeune femme lui tend déjà
la monnaie de sa main gauche, tout en passant les articles de la cliente suivante
de la main droite.
Il ne pleut plus mais l'air est saturé d'humidité, la chaussée
ruisselante. Marie est encombrée de ses deux pochons de plastique,
son sac à main et son parapluie fermé. Elle fourre le parapluie
dans un des cabas pour se libérer un peu. Une voiture passe et l'éclabousse.
Le côté de sa robe et ses chaussures de toile sont salis. "Décidément,
ce n'est pas mon jour!" pense Marie.
De retour devant sa porte, elle doit poser les deux cabas en plastique du
supermarché par terre pour chercher sa clé. Les sacs mous s'affaissent
et les objets se trouvant à l'intérieur se répandent
sur le sol. Son chat arrive en courant, il flaire la barquette de viande sous
film et commence à l'attaquer. "Non!" crie sa maîtresse
en lui arrachant la viande à temps. Une fois sa porte ouverte, il lui
faut ramasser toutes les choses unes à unes avant de les déposer
sur sa table. Elle prend la clé de sa boîte aux lettres et ressort.
Juste au moment où elle s'approche du portail, le facteur arrive sur
son vélo jaune. Les échanges se font comme d'habitude:
"Bonjours facteur, ce n'est pas un beau temps pour vous avec cette pluie!
- Ah, c'est sûr que je préfère quand il fait sec, mais
vous savez, depuis le temps, je suis habitué à tout, j'ai la
peau dure! Allez, bonne journée Madame!" Il enfourche sa bécane
et s'éloigne.
Elle rentre chez elle, le chat dans ses jambes, en regardant ce que lui a
remis le préposé. Une publicité pour la vente de textiles
par correspondance lui promettant, dès l'enveloppe, qu'elle a gagné
le gros lot et l'invitant à ouvrir d'urgence. Sur la carte postale
de Bretagne de ses neveux, il est écrit: "Il fait beau mais l'eau
est encore fraîche. Grosses bises de nous tous." Chaque année
à pareille époque ils lui envoient une carte de vacances avec
à peu près les mêmes mots. Ils n'oublient pas non plus
de lui en faire parvenir une à Noël. En somme, ils sont bien gentils,
ils pensent à leur tante.
Marie se rend dans sa chambre et change sa robe souillée, enfile aussi
d'autres chaussures. Ensuite, elle entreprend de ranger ses achats dans le
frigo, gardant à portée de main ce qu'elle compte manger ce
midi, et plaçant la viande en hauteur, à l'abri de l'animal
gourmand qui suit tous ses gestes.
La radio diffuse de la musique légère. Elle ne l'avait pas arrêtée
en partant faire ses courses. Elle la met en marche le matin et la laisse
jusqu'à l'heure où elle se couche, cela lui tient compagnie.
Elle regarde la pendule, se dirige vers la salle de séjour et allume
le poste de télévision. C'est l'heure du jeu de la mi-journée
et elle ne veut pas le rater. Elle s'assoit dans le canapé, le minet
habitué saute sur ses genoux. Quand le présentateur pose les
questions aux candidats, elle se dépêche de répondre,
et bien souvent avec justesse. "Je gagnerais à ce jeu là
si je pouvais y aller!" se dit-elle souvent.
Elle pense encore au jeu quand elle dispose son couvert en bout de table.
Elle enlève l'opercule du petit saladier de carottes râpées
achetées tout à l'heure, met dans le micro-ondes un bol portion
de ratatouille surgelée, passe rapidement à la poêle la
tranche de viande de la barquette et constate qu'elle a oublié de prendre
du pain. Elle mange lentement et machinalement, passant à table plus
pour se nourrir que par plaisir réel. Elle termine par un café
dans lequel elle peut mettre du sucre, cette fois.
Tout en buvant tranquillement, Marie réfléchit à ce qu'elle
va bien pouvoir faire cet après-midi. Elle regarde par la fenêtre,
ce n'est vraiment pas un jour à faire une promenade de santé,
sauf pour les grenouilles. Elle pense donc mettre les draps de son lit dans
la machine et ils laveront pendant la diffusion de son feuilleton télévisé.
Après avoir étendu son linge, il restera encore un peu de repassage
et quelques points de couture à terminer. Mais c'est peu pour meubler
l'après-midi entier...
On sonne à la porte. Tiens, de la visite? Marie va ouvrir avec empressement.
Un jeune homme souriant, une chemise cartonnée à la main lui
fait face. Sans dire bonjour, il attaque sur un ton enjoué:
"Est-ce que vous aimez les jeunes?
- Euh, oui! répond la ménagère.
- Alors vous allez m'acheter un calendrier! lance le garçon en lui
tendant un carton coloré.
Marie réfléchit un instant, juillet n'est pas la saison des
calendriers.
- Un calendrier de l'année en cours ou bien de l'année prochaine?
demande-t-elle.
- De toujours ! C'est un calendrier permanent!
- Oh, j'en ai déjà bien assez, on verra ça en décembre!
Non, merci, je n'ai besoin de rien.
Elle commence à refermer la porte mais le jeune homme a rapidement
mis la main et pousse pour l'en empêcher. Il s'avance dans l'entrebâillement
- Alors, vous n'aimez pas les jeunes! C'est pas gentil ça!
Marie sent une angoisse monter. Elle hasarde:
- C'est combien votre machin!
- Cinquante francs, et vous faites une bonne action, vous aidez un chômeur.
- Oh, c'est cher!
- Je ne mets pas les cinquante balles dans ma poche figurez-vous, le patron
m'en fauche les trois quarts. Allez, un bon mouvement!
Elle voudrait bien se débarrasser de l'importun mais elle ne peut fermer
sa porte, le garçon a mis le pied en travers et fait barrière
avec son épaule. Il sourit mais Marie le trouve menaçant.
Il prend soudain un ton plaintif:
- Si je n'en ai pas vendu assez ce soir, le patron va me foutre à la
porte, je vais être obligé de coucher dehors, et ce sera votre
faute! Vous voulez vraiment que je couche à la rue?
- Non, bien sûr, mais quand même, cinquante francs rien que pour
un calendrier!
Le garçon a retrouvé son ton commercial:
- Il est perpétuel, je vous dis! Ensuite, vous n'avez plus besoin d'en
acheter d'autre, vous faites des économies. Tenez, je vous le fais
à quarante cinq francs, mais c'est bien parce que c'est vous, hein!
Marie se sent vaincue, recule pour aller chercher son porte-monnaie, elle
a peur que le garçon en profite pour entrer, mais heureusement, il
reste dans l'embrasure de la porte. Elle lui aligne les pièces une
à une dans sa main tendue.
- C'est bien, merci madame, vous êtes gentille." admet-il finalement
sur un ton plus naturel, en donnant le calendrier.
Marie referme sa porte avec un soupir de soulagement. Elle a le net sentiment
de s'être fait posséder, mais cela aurait pu être pire.
Elle regarde en faisant la moue le carton coloré et quadrillé
sur les deux faces, et le met immédiatement dans la poubelle.
Sans enthousiasme elle démonte son lit, fourre le linge dans la machine
et refait sa couche avec des draps propres. Elle reste pensive aussi durant
tout le feuilleton, elle n'arrive pas à fixer son esprit sur l'histoire.
De temps à autre elle regarde dehors. Un rayon tente timidement de
percer les nuages mais se fait doubler très vite par une masse grise.
C'est vraiment une vilaine journée. En étendant son linge dans
la salle de bains elle se demande déjà ce qu'elle va manger
ce soir. Ce souci l'accable.
Elle se refait un café bien sucré, sort des biscuits, prend
la publicité trouvée dans son courrier ce matin et restée
sur la table, ouvre l'enveloppe. Plusieurs petits papiers multicolores de
tailles différentes s'en échappent ainsi qu'un bon de commande.
Elle regarde le tout d'un il réprobateur:
- Encore un attrape nigaud, j'ai déjà donné, ça
suffit pour aujourd'hui! dit-elle en froissant rageusement les papiers dans
la poubelle par-dessus le calendrier.
Après un coup d'il à la pendule, elle entreprend de laver
les vitres.
- Pas la peine que je fasse l'extérieur, avec ce temps, ça ne
sert à rien!
Fatiguée par cet exercice, elle s'affale dans le canapé, prend
le magazine de télévision et tourne les pages à la recherche
d'un article à lire. La vie des stars du petit écran, étalée
en gros titres et en couleurs ne l'attire pas, elle passe sans lire le texte,
regarde si le film de ce soir sera à son goût. En première
partie de programme il faut choisir entre des émissions de discussion
avec le public et un film de guerre. Elle n'aime pas les films de guerre,
et trouve les discussions souvent niaiseuses, le public peu discipliné.
Elle fait finalement son choix par défaut.
Elle s'attaque au repassage. Cela pourrait lui prendre peu de temps. Pour
une seule personne, le linge est peu abondant. Mais la repasseuse fait durer
l'activité en s'appliquant sur des pièces qui pourraient s'en
passer. Elle aime l'humidité tiède montant des tissus quand
elle les caresse avec le fer chaud. Une odeur de lavande se dégage,
elle la respire avec volupté, prend la serviette épaisse et
moelleuse bien pliée, et la porte à sa joue avec tendresse.
Marie revient dans sa cuisine et regarde la pendule qui tourne trop lentement
à son gré. Ouvrant le frigo, elle reste pensive et le referme
sans rien y prendre, traverse une fois de plus la salle de séjour et
se place un long moment, devant la fenêtre, sans même tirer le
rideau. Elle regarde dehors, mais c'est sans rien y voir vraiment, que du
gris. Ce gris ressemble à ce qui est en elle.
Soudainement, faisant volte face elle revient à la cuisine, ouvre résolument
le frigo, en sort de quoi préparer son dîner et dans la foulée
dispose son couvert. Pendant que les ufs grésillent dans la poêle,
elle ouvre une barquette de taboulé préparé, la vide
dans son assiette et met une portion de pâtée dans l'assiette
du chat avec les mêmes gestes usés par l'habitude.
La musique diffusée par le poste de radio meuble l'espace sonore sans
que Marie y prête vraiment attention. Tout comme à midi, elle
termine son repas avec un café soluble très sucré qu'elle
tourne longuement en regardant dans le vague.
Tout en lavant sa vaisselle, elle se demande ce qu'elle va faire de sa journée
de demain, et soupire sans trouver d'idée.
Une fois assise dans le canapé, elle met en marche le téléviseur.
Le chat arrive comme mû par une mécanique, saute sur ses genoux,
et reçoit les caresses rêveuses de sa maîtresse.
Il y a une longue série de spots publicitaires. La spectatrice regarde
l'écran d'un il critique, et même franchement réprobateur
devant certaines publicités. Quand l'émission commence, elle
se cale confortablement mais n'arrive pourtant pas à fixer son attention
sur le sujet débattu. Les personnes interrogées et le présentateur
lui semblent très artificiels, hors de la vie réelle.
Au bout d'une heure d'écoute, Marie éteint le récepteur
et reste un moment sans bouger à regarder l'écran vide.
Elle prend un livre au hasard sur l'étagère, le feuillette rapidement,
le repose, se lève, éteint le poste de radio et décide
d'aller se coucher Le chat, qui connaît les signes avant coureurs, la
précède et saute sur le lit.
Une fois son pyjama enfilé, elle se glisse entre les draps frais avec
satisfaction, éteint la lumière et là, dans l'ombre,
sur le téléphone, une petite lumière clignote : celle
du répondeur. Il a dû y avoir un appel ce matin au moment où
elle est sortie faire ses courses, et toute à ses idées, elle
n'a pas pensé à regarder en rentrant s'il y avait un message.
Elle appuie sur le bouton, une voix enjouée résonne dans la
pièce:
"Salut c'est Cécile! Bon anniversaire ma belle! Bon, puisque tu
n'es pas chez toi et qu'il est presque midi, c'est sans doute que tu es sortie...
tu vois, je suis perspicace hein! Je présume que tu es partie fêter
ça quelque part en famille ou avec des amis. Allez amuse-toi bien,
profite-en, et encore: Bon anniversaire!"
Un sourire indéfinissable se dessine sur les lèvres de Marie.
Elle garde longtemps les yeux grands ouverts dans le noir avant de réussir
à s'endormir.