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Noël 50.

 

 

 

 

 

Grand-Mère me tenait fermement par la main. La grande rue de Rouen débordait de gens sur chaque trottoir, déambulant devant les vitrines décorées de ce mois de décembre.

Avant de partir de la maison, j'avais eu droit aux nattes réglementaires, bien tirées, relevées sur le dessus de ma tête, attachées avec un gros nœud blanc.
Les chaussettes chaudes tricotées à la maison bien remontées, j'avais enfilé mes bottillons de cuir à grosses semelles de crêpe. Puis juste au moment de sortir, j'avais passé mon manteau, un beau manteau de drap vert, avec col, revers de manches et boutons en motif pied-de-poule assorti.

Dans un angle ouvert du grand magasin j'ai découvert un haut sapin garni et, juste à côté, le Bonhomme Noël souriant, assis dans un fauteuil de bois sombre et sculpté. A ses pieds et à côté de lui, s'étalait une multitude de jouets offerts à la convoitise des enfants.

Ce n'était pas par hasard que Grand-Mère m'avait menée jusqu'ici…
Elle et moi nous sommes avancées.
D'un geste de la main le vieillard encapuchonné m'a invité à monter sur ses genoux. Grand-Mère m'a poussée légèrement en avant ; c'est alors en toute confiance que j'ai pris place.

Désignant sur l'étagère à côté de lui une poupée noire, il m'a demandé au travers de sa barbe blanche :
" Tu n'as pas peur ? "
Je ne comprenais pas la question, pourquoi aurais-je eu peur ? Il a insisté :
" Elle est noire, la poupée, tu n'as pas peur ? "
En riant je lui ai fait non de la tête.
Alors, me donnant le jouet, il m'a désigné l'objectif de l'appareil sur pied que je n'avais pas encore remarqué, prétendant qu'un petit oiseau allait en sortir…

Sans me laisser le temps d'apercevoir le moindre petit oiseau, il m'a annoncé : " C'est fini ! " et m'a fait descendre de ses genoux.
Comme je gardais la poupée bien serrée contre moi, j'ai eu la désagréable surprise de voir le Père Noël me la reprendre en assurant : " Elle est à moi ! "

Quand même un peu déçue par de telles façons, j'ai retrouvé la main de Grand-Mère, et nous sommes parties.

Je crois bien que c'est lors de ce Noël-là que j'ai trouvé au pied de notre sapin familial mon premier baigneur noir…